Le Parisien sur Benoit JANSON : une œuvre d’art retrouvée par hasard

A Paris, l’incroyable histoire d’une
œuvre d’art retrouvée par hasard

Eric Le Mitouard|02 février 2019

Qui est le peintre de cette formidable toile de 6 m de long retrouvée, par hasard, sur le chantier de la future boutique Oscar de la Renta, rue de Marignan.

Les spécialistes n’en croient pas leurs yeux. Sur le vaste chantier de la future boutique Oscar de la Renta, ouvriers et architecte ont découvert une toile du XVIIe siècle. Restaurée, elle dévoile aujourd’hui toute sa splendeur.

Le chantier de gros œuvre était en cours, cet été, dans la future boutique Oscar de la Renta, une marque de vêtements de luxe américains qui devait faire l’événement en s’installant au 4, rue de Marignan (VIIIe). Il était même prévu d’y faire les défilés de la fashion week cette semaine, une fois les travaux achevés. Tout ça, c’était avant la découverte d’une toile de maître, d’un élève de Le Brun, collée au mur, derrière des panneaux mal joints. Une œuvre qui s’impose désormais dans une pièce en chantier, avec ses échafaudages et ses protections de plastiques.

« Nous étions en pleine opération de curetage. On a enlevé les panneaux de bois dans la pièce à l’étage et on est tombé sur ce tableau », raconte l’un des membres de l’équipe de l’architecte d’intérieur Nathalie Ryan. Un coup de frein sur le chantier. Un grand pas dans l’histoire de l’art.

Aussitôt, Alex Bolen, le directeur général d’Oscar de la Renta, est prévenu de la découverte. Il prend aussitôt un avion de New-York et débarque à Paris pour admirer cette toile qui a traversé trois siècles et demi. « Quand nous l’avons trouvée, elle était totalement encrassée », témoigne un responsable du chantier.

La direction d’Oscar de la Renta recrute rapidement un restaurateur, Benoit Janson. Et la renaissance, depuis deux mois, permet d’admirer cette toile du XVIIe avec ses couleurs d’origine qui réapparaissent petit à petit… malgré les anciens repeints, et le travail de restauration en cours.

Benoit Janson, expert en conservation et restauration à Paris, au travail./LP/Eric Le Mitouard.

Restaurateur et historiens enquêtent alors sur ce mystérieux tableau de 6 m de long sur 3 de haut… qui traverse même le plancher du 1er étage sur une trentaine de centimètres. Une dimension exceptionnelle qui aurait malgré tout pu être totalement effacé de l’histoire de l’art si les travaux n’avaient été engagés avec soin.

C’est l’histoire d’un ambassadeur de Louis XIV à Constantinople

« A l’origine, cette œuvre était présentée sur un châssis. La toile a ensuite été démontée, puis roulée avant d’être marouflée sur ce mur, constate Benoit Janson, expert en conservation et restauration à Paris. Le travail a été fait à l’époque dans les règles de l’art, avec une bonne adhérence et appliquée au mur de façon bien plane. Le vernis avait jauni et était totalement oxydé. Les couleurs totalement éteintes ». L’encrassage du temps avait fait son travail. « On constate, aujourd’hui la belle qualité esthétique du tableau et sa bonne qualité technique », souligne-t-il.

Alors que le chantier est interdit au public et que l’enseigne Oscar de la Renta a tenté de garder l’information secrète – tout en informant le New-York Times – les historiens de l’art se pressent sur place avec leurs certitudes… et de nombreuses interrogations.

Au chapitre des certitudes, c’est la description de l’œuvre : Charles Marie François Olier, marquis de Nointel, ambassadeur à Constantinople de Louis XIV, y est montré avec son escorte devant Jérusalem. Des cavaliers sont vêtus à la mode du Grand Siècle entrant dans la ville. On y voit très distinctement au loin les remparts, la mosquée d’Omar et le mur des Lamentations. L’esprit est orientaliste et la végétation luxuriante.

Une autre toile au musée d’Athènes

Le marquis de Nointel est connu pour avoir fait réaliser quatre grandes toiles relatant ses épopées au Moyen-Orient en 1673. Elles ont été installées sur quatre grands murs d’un salon d’apparat à Constantinople. A son retour en France, à la fin de ses fonctions, il a remporté toutes ses collections, dont certaines pièces sont actuellement au Louvre. Il aurait ainsi roulé ses toiles. « L’une d’entre elle est actuellement au musée d’Athènes. La deuxième est ici, alors que deux autres ont disparu », indique Guy Meyer, chercheur et spécialiste d’art, pour qui cette découverte « est un événement historique, totalement improbable ».

Pour lui, cet hôtel particulier aurait appartenu en 1850, au banquier Mosselman qui a installé la toile dans son salon. Est-ce lui qui a décidé de donner un coup de jeune à sa décoration intérieur en voilant le tableau ? A-t-il eu volonté de la cacher ? Quoi qu’il en soit, maintenant dévoilé, le tableau garde encore ses secrets.

Qui a peint cette œuvre ?

Car il faut maintenant attribuer ce tableau à un peintre. Deux noms se battent en duel. Jacques Carrey a en effet dessiné la vie du monde ottoman sur les pas du marquis de Nointel. D’autres estiment que l’auteur de cette œuvre serait plus sûrement le peintre Arnould de Vuez, proche de Charles Le Brun à la cour de Louis XIV. Lui aussi prend part à un voyage d’étude à Constantinople organisé par le marquis de Nointel.

Aujourd’hui, le musée de l’histoire de France à Versailles, les conservateurs se veulent prudents avant d’avoir expertisé l’œuvre… Intransportable.

L’agencement du futur magasin Oscar de la Renta est revu est corrigé. « Nous allons totalement restaurer ce tableau. Il sera situé dans le show-room pour les robes de mariées et les robes de soirée », révèle-t-on sur place. Un salon ouvert sur invitation.

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